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July 24, 2024
COOPERATION

Sommet Russie-Afrique à Pétersbourg : le discours du Colonel Assimi Goïta, Président de la Transition du Mali.

  • août 7, 2023
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Sommet Russie-Afrique à Pétersbourg : le discours du Colonel Assimi Goïta, Président de la Transition du Mali.

Le Colonel Assimi Goïta, Chef de l’Etat du Mali, qui a pris part au 2è Sommet Russie – Afrique tenu à Saint-Pétersbourg en Russie a prononcé un discours le vendredi 28 Juillet 2023 dont voici l’intégralité.

Excellence, M. le Président de la Fédération de Russie, Excellences,

M. les chefs d’Etat et de gouvernement du continent africain,

M. les Présidents des instances régionales et sous régionales africaines, et distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord saluer et remercier Son Excellence M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie et l’ensemble du gouvernement de la Fédération de Russie et au comité d’organisation pour l’invitation qui m’a été adressé et pour l’accueil combien chaleureux qui a été réservé à ma délégation à l’occasion de ce deuxième grand rendez-vous Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, ville-pont chargée d’histoire.

Excellences, Messieurs les Présidents, distingués invités, la tenue du sommet de Saint-Pétersbourg, moins de 4 ans après celui de Sotchi en 2019, témoignent une fois de plus de la qualité des partenariats stratégiques entre la Russie et l’Afrique.

Un partenariat fondé sur une amitié de longue date, la sincérité, le respect mutuel, toutes choses qui impriment un caractère spécial à nos relations. Le Mali n’a certes pas de continuité géographique, encore moins de langues en commun avec la Russie, cependant, nos deux pays entretiennent des seules relations d’amitié et de coopération depuis 1960, date de l’accession de notre pays à l’indépendance.

En dépit des bouleversements intervenus, nos relations se sont densifiées et diversifiées avec des succès et des réalisations dans les domaines stratégiques comme les infrastructures, l’agriculture, la santé, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, la géologie et les mines, ainsi que la défense et la sécurité. Malgré la situation géopolitique et la conjoncture mondiale, il est évident, et cela est bien un constat, que le peuple malien est fortement mobilisé aux côtés des autorités de la transition, dont l’objectif est de construire et de consolider dans la durée un partenariat stratégique gagnant-gagnant entre le Mali et la fédération de Russie pour le bonheur de nos deux peuples. Un tel partenariat est d’autant plus indispensable que la Russie a su prouver dans les moments difficiles son statut de partenaire traditionnel du Mali, tant par sa fiabilité que par son dynamisme dans l’accompagnement de notre pays pour relever les défis cruciaux du moment tout en respectant notre souveraineté. Convaincus que la restauration de la paix, de la stabilité et de la sécurité est la pierre angulaire de tout-développement, nous avons décidé d’assumer pleinement notre responsabilité première, qui est de protéger nos populations et de défendre l’intégrité de notre territoire. Ce choix stratégique intervient après une décennie de présence des forces internationales sans résultat tangible et dont le chemin consistait à entretenir la maintenance de notre territoire et à nous maintenir dans la dépendance. C’est pourquoi, dans le cadre du renforcement des capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité, le Mali a noué avec la Russie un partenariat militaire dont je tiens à saluer la fiabilité. Ainsi, avec l’appui de la Russie, le Mali recouvre progressivement sa pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire et nos forces de défense et de sécurité opèrent en toute autonomie et en toute liberté d’action. Les forces maliennes sont désormais dans une dynamique offensive, reprenant du terrain et réduisant de façon significative les attaques ciblant les camps militaires et les civils, permettant ainsi le retour progressif des personnes déplacées et des services sociaux de base dans plusieurs localités. Aussi, voudrais-je, M. le Président, vous renouveler ma profonde gratitude pour l’appui de votre gouvernement sous votre impulsion qui a permis à mon pays de connaître des avancées significatives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

La coopération entre nos deux pays ne saurait se réduire aux seules questions de défense et de sécurité. Elle embrasse également les domaines du renforcement des capacités en ressources humaines par l’augmentation des bourses de type dans tous les secteurs stratégiques, ainsi que les relations économiques et commerciales. Ainsi, les partenariats entre les secteurs privés de nos deux pays connaissent aujourd’hui une nouvelle dynamique. Les forums économiques et humanitaires en marge de présence humaine sont une opportunité pour renforcer les relations économiques au plan bilatéral.

M. le Président, Mesdames et Messieurs, profondément enracinés dans nos traditions sociales communes à de nombreux pays africains, les Maliens sont fiers de cette appartenance au continent africain, riches de sa diversité et baignées de traditions circulaires d’égalité, d’équité, du respect de chaque société et des droits humains fondamentaux. Ce sont des valeurs, des principes et des expériences historiques de justice que nous partageons avec la Russie et qui font que notre partenariat est si spécial. Aujourd’hui plus que jamais, les destins des peuples africains et russes sont liés.

Cette interdépendance exige une réponse collective et appropriée aux défis auxquels nous devons ensemble faire face sans cette cohésion. L’affirmation de la souveraineté pleine et entière de nos États, la lutte contre le terrorisme et la pauvreté, de même que la promotion des droits et des libertés ne peuvent être conduite efficacement. Comme vous le savez, la région du Sahel en général et le Mali en particulier est, depuis quelques années, en proie à une crise multidimensionnelle résultante de l’intervention de l’OTAN en Libye. Et cela a rendu plus vulnérables les populations déjà confrontées aux combinés de facteurs sécuritaires, sociopolitiques, économiques, climatiques, environnementaux et récemment sanitaires liés à la pandémie de la Covid-19. Je voudrais également saisir cette occasion pour remercier tous nos amis et partenaires qui continuent d’exprimer leur solidarité et leur soutien au pays du Sahel en vue de renforcer la résilience de nos populations face à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle cyclique.

Aussi voudrais-je, M. le Président, encourager la reprise des discussions relatives à la conclusion d’un accord international juste et équitable permettant l’exportation des céréales à destination du continent africain. S’agissant du différend qui oppose la Russie à l’Ukraine, le Mali invite les médiations internationales à plus d’ouverture et de pragmatisme en vue de pousser et renforcer les efforts pour un règlement pacifique de la crise.

M. le Président, Mesdames et Messieurs, membres des Nations unies, le Mali reste attaché à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables.

Il est donc primordial que tous les membres des Nations unies respectent les valeurs et principes fondamentaux des droits internationaux et agissent de manière à protéger et faire respecter la Charte des Nations unies. C’est la raison pour laquelle le Mali soutient l’initiative de la Russie, appelant à un nouveau consensus pour défendre les buts et principes de la charte. La multiplication des crises et des conflits en dépit de l’implication de la communauté internationale plaide en faveur d’une nouvelle architecture de la sécurité internationale et passera forcément par une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Notre organisation commune doit s’adapter au monde multipolaire afin de conserver toute sa crédibilité. L’instrumentalisation et la politisation de la question des droits de l’homme doivent cesser, de même que le système déploie deux poids deux mesures. La question de l’élargissement du Conseil de sécurité est aujourd’hui un point majeur. A l’ordre du jour de la réforme du système des Nations unies, elle est nécessaire et justifiée avec la proposition de l’Union africaine qui réclame seulement deux sièges permanents pour l’Afrique. Le sommet de Saint-Pétersbourg nous donne l’opportunité de tracer ensemble les contours d’un espace commun de prospérité, de stabilité et de sécurité. Il reste entendu que ce cadre rénové sera élaboré sur la base des principes de respect mutuel, des relations d’égal à égal et des intérêts partagés au bénéfice de nos populations.

Monsieur le président, mesdames et messieurs, la situation économique mondiale est inquiétante. En effet, selon les prévisions, l’économie mondiale serait au bord de la récession en 2023. Cependant, nous avons des motifs d’espérance et demeurons particulièrement attentifs à une autre alternative qui se caractérise par l’émergence des BRICS. Les pays des BRICS se fixent au 1er rang de l’économie mondiale et constituent des réponses fiables pour les continents sans contrepartie hypothéquant le développement de notre continent et l’épanouissement de nos populations. Ainsi, les BRICS constituent un réel espoir de soustraire nos pays d’un ordre international fondé sur la domination et la marginalisation.

C’est pourquoi le Mali soutient des initiatives telles que créer une banque de développement pour le financement des infrastructures ou encore offrir de nouveaux mécanismes et moyens de paiement internationaux.

Excellence, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, dans un monde marqué par de nombreux défis complexes, la tenue de ce sommet a été accueilli avec enthousiasme en Afrique. Je suis persuadé que les conclusions courageuses et innovantes à la hauteur des enjeux du moment permettront d’aboutir à un partenariat rénové et revitalisé entre les continents et la Russie exempt de désinformations. Je ne saurais terminer mon propos sans réaffirmer notre entière disponibilité à poursuivre et renforcer ces relations avec l’ensemble des partenaires sur la base du respect des trois principes qui guident l’action publique en République du Mali, à savoir le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix stratégiques et des choix de partenaires au territoire du Mali, la défense des intérêts vitaux du peuple malien dans les décisions prises. De même, fidèle à son engagement panafricain, mon pays continuera à œuvrer au sein des organisations sous-régionales et régionales pour la réalisation de l’intégration africaine.

Vive la coopération russo-africaine, vive l’amitié russo-malienne.

Je vous remercie.

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Ferdinand Gade