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May 20, 2024
OPINION

ALPHABET KILUBA: AUX ORIGINES DE NOTRE HISTOIRE FALSIFIEE

  • mars 16, 2022
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ALPHABET KILUBA: AUX ORIGINES DE NOTRE HISTOIRE FALSIFIEE

Je décide de rompre le silence pour vous parler de l’écriture kiluba. Une autre preuve que ce qui nous a été enseigné à savoir que « les Noirs n’ont pas d’écriture » est une des aberrations la plus abjecte que l’histoire de l’humanité ait connu. Je vous invite à voir et parler l’écriture kiluba qu’on appelle Lukasa. Petit exercice didactique pour des générations d’Africains.

Par Kabwende Nsungu Gori

L’histoire coloniale a enseigné et construit plusieurs mensonges. Les Baluba avaient leur propre écriture. Le problème en est que ce fut une écriture réservée qu’aux initiés, c’est-à-dire au Mulopwe et les membres de Bumbudye. Ceci eu comme résultat l’écriture kiluba ne s’est pas développée pour répondre à la nécessité de l’alphabétisation des Baluba pour la nécessaire intensification des activités tant politiques qu’administratives. Mais cela n’autorise pas à dénier aux Baluba le droit de disposer de leur propre écriture. La raison en était que les initiés avaient peur que les non-initiés n’accèdent au savoir et dévoilent leurs secrets. Est-ce les Baluba seuls ont connu cela ? Non.

Analyse comparée

Dans les sociétés occidentales du moyen âge, jusqu’au 20ème siècle l’écriture était une affaire des riches et des classes privilégiées. Ce n’étaient pas tous les Européens qui savaient lire et écrire c’est à dire que l’écriture était également réservée qu’aux initiés c’est-à-dire prêtre et rois.

En France, en 1700 sur 20 millions des français, seuls 1% pouvait difficilement lire le français et peu étaient ceux qui savaient écrire un A. Lisez à ce propos Jean-Benoît Nadeau & Julie Barlow dans « Le français, quelle histoire ! » aux éditions Télémaque, Paris – France 2006, pp. 131 – 152. Et le chapitre la France se francise p. 155.

En 1885, 90% de français ne savaient pas ni lire ni écrire. C’est à partir de 1900 que, l’école devenu obligatoire, l’enseignement va expandre.

Au Portugal, en 1973 plus de  75% des Portugais ne savaient ni lire ni écrire. Il a fallu attendre les années 90.

En Allemagne, malgré la longue tradition de l’écriture, le pays comptait en 1920 plus de 75% de la population qui ne savait ni lire ni écrire.

Or, si ces pays ont une longue tradition de l’écriture, pourquoi leurs peuples ne savaient-ils pas écrire au XIIème siècle ?

 

Qu’est-ce que je veux dire par là ? 

Si le développement social, politique, culturel des Baluba n’avait pas été estompé par la colonisation, notre écriture allait s’expandre et tout Muluba allait accéder à ce savoir. Et l’écriture allait se développer lentement mais sûrement jusqu’à ce que tous les Baluba parviennent à lire et écrire.

Pour preuve, en 1939 Burton avait recueilli les textes kiluba de la création du monde et de la transgression de la loi divine. Un texte écrit en Lukasa. Ce sera un Mbundye qui lui traduira le texte.

Ma grand-mère a plusieurs récits sur l’histoire de notre famille et les noms des quelques Balopwe/souverains Baluba. Ces récits sont écrits sur les bois et datent d’avant le 17ème siècle. (Je ne saurais expliquer comment ils ont parvenu à les conserver. Toujours est-il que les noms des souverains et des auteurs datent bien avant cette période.)

Didactique

J’ai eu la chance de naître dans une famille royale (côté Kabongo). Mes parents et mes grands-parents furent des membres de Bumbudye. Avec qui l’histoire de notre propre lignée familiale est écrite à partir du Mulopwe Kabwende.

C’est de cette légitimité que je tire mon besoin de faire connaitre l’écriture Lukasa. Dans notre démarche à comprendre d’abord nous-mêmes, il a été difficile de convaincre la grand-mère de nous dévoiler le sens ou la phonétique de chaque lettre de Lukasa. Nous y sommes parvenus et voici le résultat de notre enquête.

Ce qui me frappe et m’intrigue beaucoup dans cet Alphabet est la forte ressemblance avec l’alphabet latin.

Les lettres T, M, Y, H, O, R, X, S, D ne diffèrent à rien. Et si l’on ignore l’histoire on tombera dans l’exagération disant la falsification ou copiage.

Mais tenez : la lettre H, T, Y et M ont été retrouvés sur les poteries découvertes à Mulongo datant de 5000 ans avant Jésus Christ.

Ensuite, la lettre O, D, R, A, seront retrouvés sur les poteries découvertes à Bukama et Kisale datant vers 3000 ans avant Jésus Christ.

Posons-nous cette question : quand est-ce qu’est né l’alphabet latin ?

Tout le linguiste sait que cet alphabet serait né vers le VIème siècle avant Jésus-Christ dans le Proche Orient, donc aux environs de l’an 800 soit très tard par rapport aux poteries kiluba.

Rappelons-nous également qu’en 1887, il a été découvert à Bukama, une statuette de Dieu Égyptien Osiris qui datée de 2300 avant Jésus-Christ.

Le chercheur Jean Caspart affirma que les habitants de la région de Bukama (pour nous étaient des Baluba) étaient à contact avec les anciens Phéniciens, les anciens Grecs, les anciens Philistins, les anciens Egyptiens (Noirs), les anciens Mésopotamiens dès 2300 ans avant Jésus-Christ et ces relations commerciales entre les Baluba et ces anciens peuples du Proche Orient dureront jusqu’au sixième siècle de notre ère soit environ 3 millénaires d’années de contact.

Et Monga Kalenga Patrick démontre que l’écriture kiluba serait née vers l’an 6000 car c’est à cette période qu’on retrouve les lettres frappé dans les haches, dans les poteries. Devant cette réalité historique : qui a triché qui?

Rappelons-nous également qu’en 1981, Reefe Q. Thomas écrit dans son livre intitulé « The Rainbow and The Kings, A History of the Luba Empire to 1891 » page 3 que les Baluba n’ont pas subi la traite négrière et qu’ils n’ont jamais été influencé ni politiquement ni économiquement par la traite et le premier européen à traverser leur pays était Burton en 1858. Ceci dit que nos ancêtres n’ont pas copié ces lettres.

Une coïncidence ?

Je ne saurais me prononcer vu que l’écriture européenne est née au Proche-Orient où nos ascendants ont eu des contacts avec les peuples de cette région durant plus de trois millénaires d’années. Ce n’est pas trois ans mais trois millénaires d’années alors réfléchissons ensemble.

 

 

De l’auteur

Kabwende Nsungu Gori est né en 1998 à Bukunga, un village situé au centre de Buluba et au sud-est de la République démocratique du Congo. Orphelin à cinq ans, il est le benjamin d’une fratrie de six enfants de la famille royale de Bene-Ilunga du Royaume de Kabongo. Titulaire d’une licence en droit public, c’est un jeune visionnaire, pragmatique et courageux dans la poursuite de ses rêves. Il est polyglotte : il parle français, anglais, espagnol, russe, swahili, lingala et kiluba.”

À l’âge de cinq ans, bien qu’il se passionne pour l’éducation, il ne peut pas se scolariser. Déterminé, il prend son courage à deux mains et va voir le directeur d’une école primaire de Mwenda Mukuma à Bukunga, un village situé au centre de Buluba – Nation, et lui propose de payer sa scolarité en troc. S’en suit un cursus secondaire en littérature. Tantôt hébergé, tantôt enfant de la rue, Nsungu réussit à survivre et se lance dans un périple durant lequel il va traverser une quinzaine de pays africains. Il atteint le Maroc en 2014 alors âgé de seize ans. Il trouve une école, le Petit Collège, où il termine ses études lycéennes et accède en 2018 à l’université Mohammed V de Rabat où il étudie le droit public et obtient sa licence, option science politique et relations internationales. Un récit de vie rempli d’espoir.

La vie n’a pas épargné Nsungu. Sa mère perd la vie en lui donnant naissance. Son père sombre alors dans l’alcool et l’accuse d’être le responsable de cette mort tragique. Il grandit avec ce poids sur les épaules jusqu’à la mort de son père. À l’âge de deux ans, c’est le décès brutal de sa marraine qui le bouleverse à nouveau. Dès lors, commencent les vicissitudes qui vont traumatiser son enfance et celle de sa sœur. Livré à lui-même, Nsungu doit se battre pour survivre.

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Hommes d'Afrique Magazine

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