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April 14, 2024
C’ETAIT EN…

5 DATES DU 5e MOIS

  • mai 2, 2019
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5 DATES DU 5e MOIS

Le 17 mai 1787, le navire négrier anglais Sisters, parti d’Afrique et en route pour Cuba, chavire. Des centaines d’esclaves meurent. Hommes d’Afrique Magazine se souvient d’eux. Nous leur rendons hommage. Nous pensons à nos millions d’ancêtres qui furent capturés, jetés dans les cales de bateaux négriers où ils étaient enchaînés et entassés les uns sur les autres, pour un long voyage qui leur était imposé. Au bout de ce tragique voyage, les survivants découvraient un enfer qu’ils n’auraient jamais imaginé.

Cela dura des siècles. Des dizaines de millions, peut-être des centaines de millions d’heures de travail impayées. La violation systématique des droits de l’homme, de la femme et des enfants, à longueur de journée, pendant des siècles. Tout cela au profit exclusif de la société blanche. Et malgré ces montagnes d’injustices, il y en a qui s’opposent aux réparations. Les réparations, parlons-en. Veuillez à ce propos lire dans la rubrique « REPARATIONS », le deuxième article consacré à ce sujet.

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Le 30 mai 1903, Countee Porter Cullen naît à Louisville dans l’État du Kentucky aux USA. Countee Cullen deviendra un génial poète, marquera son temps comme l’un des leaders de la révolution culturelle, intellectuelle et esthétique qu’on a appelée la « Harlem Renaissance.»

La Harlem Renaissance se déroule, comme son nom l’indique, dans les quartiers de Harlem, situés au nord de l’Île de Manhattan à New York. Elle s’étend sur deux décennies : les années 1920s et 1930s.

La Harlem Renaissance est un grand moment de bouillonnement créatif et de revendication des Africains Globaux. Si son épicentre est Harlem aux États-Unis, la renaissance ébranle toute l’Amérique, puis traverse les mers pour dynamiser les populations noires un peu partout dans le monde.

Ainsi, les Noirs vivant sous le joug colonialiste français, sont aussi touchés. Ça bouge dans les Antilles, en France métropolitaine, et dans une moindre mesure, dans les colonies françaises d’Afrique où l’administration coloniale réprime sévèrement toute contestation. Le mouvement de la Négritude qu’Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor créèrent, s’inscrivait aussi dans le sillage de la Harlem Renaissance.

Deux vers du poème « From the Dark Tower » (“Depuis la Sombre Tour ») de Countee Cullen portent une charge révolutionnaire ressentie jusqu’à nos jours : « We shall not always plant while others reap »/ « We were not made to eternally weep. » («Nous ne planterons pas toujours pendant que d’autres récolteront» / «Nous n’avons pas été faits pour pleurer éternellement. »).

Le poète appelle son peuple, ses frères et sœurs noirs, à se lever pour sortir de la sombre tour. Ils ne doivent plus continuer à travailler pour l’enrichissement exclusif des Blancs. Ils ne doivent plus pleurer. Qu’ils sèchent leurs larmes et revendiquent leurs droits.

L’appel de Countee Cullen est entendu jusqu’en Afrique dont la population entière subissait la cruauté de la colonisation européenne. Cet appel n’a pas été pour rien dans les soulèvements nationalistes qui ont mis fin à la colonisation. De ce point de vue aussi, hommage doit être rendu à Countee Cullen.

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Le 29 mai 1992 à Québec au Canada, meurt Monseigneur Albert Ndongmo, l’homme qui, selon le plus grand écrivain camerounais, Mongo Beti, était « une goutte d’humanité dans un océan de bureaucratie. » La vie d’Albert Ndongmo est en effet un combat pour la justice, dans le Cameroun des années 1960s que la dictature d’Ahmadou Ahidjo ensanglante, zombifie.

Mais le prélat ne sait pas, ne saura sans doute que trop tard, que son combat n’est pas seulement contre le régime du criminel Ahidjo. Ce dernier n’est que la marionnette qu’utilise le gouvernement français pour tuer et asservir les Camerounais. Les deux plus redoutables ennemis d’Albert Ndongmo sont la France de Charles de Gaulle et le Vatican du Pape Paul VI.

La France semble le seul pays qui depuis quatre siècles, ne peut vivre sans l’esclavage des Noirs et le vol de leurs richesses. Quand on a aboli l’esclavage en France, Napoléon Bonaparte l’a rétabli en 1804. Il a fallu attendre presqu’un demi-siècle pour qu’enfin, la France re-abolisse officiellement l’esclavage, en 1848. Mais même là, la France a continué l’esclavage qu’est le travail forcé, en Afrique, pendant un siècle encore, jusqu’en 1946.

De même dans les années 1960s, au moment où le monde se débarrassait du colonialisme, Charles de Gaulle rétablit le colonialisme dans tous les pays d’Afrique dite francophone. Il y re-institua le colonialisme, cette fois sous la forme du gaullo-nazisme, que l’on appelle, à tort, la françafrique, et dont l’un des piliers est le franc CFA, franc des Colonies Françaises d’Afrique.

Que le chef de l’Église catholique s’allie à la France et à un dictateur musulman pour écraser un évêque catholique camerounais, ne doit, après analyse, pas surprendre. L’Église catholique romaine, comme d’ailleurs tout le christianisme sur lequel les Européens et leurs descendants ont fait main basse, a toujours été un solide allié de l’Apartheid Global.

Elle s’est toujours tenue du côté des oppresseurs de l’Afrique et des Noirs. C’était vrai à l’époque de l’esclavage puis pendant la colonisation. C’est vrai aujourd’hui, à l’époque du gaullo-nazisme et du néoesclavage. D’ailleurs, n’est-ce pas un Pape, Nicolas V, qui, par sa bulle papale intitulée « Romanus Pontifex » du 8 janvier 1454, donna le coup d’envoi de l’esclavage des Noirs par les Européens chrétiens ?

Malgré la longue histoire anti-Noirs du christianisme, la perfidie du pape Paul VI contre Ndongmo est un sommet dans l’art de planter le couteau dans le dos. Vous en saurez plus sur cette perfidie, en lisant la rubrique « HOMMAGE » qui est, dans le présent numéro de votre magazine, dédié à Mgr Albert Ndongmo. Il a rejoint les ancêtres il y a 27 ans. Nous nous souvenons de lui avec respect. Si Mgr Ndongmo vivait encore, il verrait, non sans amertume, qu’il avait raison. Ceux qu’il combattait, qui l’ont vaincu, et qui gouvernent le Cameroun depuis bientôt 60 ans, ont détruit ce pays.

Le Cameroun est aujourd’hui un champ de ruines : la guerre, la criminalité, la corruption, les détournements de fonds publics, la dictature, le chômage, l’appauvrissement généralisé au point qu’en données réelles, le revenu par tête d’habitant en 2019 est inférieur à ce qu’il était en 1972. Mgr Ndongmo doit se retourner dans sa tombe.

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Les 2 et 3 mai 2004, dans la ville de Yelwa dans l’État du Plateau au Nigeria, à 360 km de la capitale fédérale Abuja, des chrétiens massacrèrent plus de 600 musulmans. Ce fut le pic d’un cycle d’attaques-vengeances commencé plusieurs mois plus tôt, entre les deux communautés religieuses.

En mai 2005, Human Rights Watch publia un rapport centré sur ce massacre. Intitulé « Revenge in the Name of Religion : The Cycle of Violence in Plateau and Kano States » (Vengeance au nom de la religion : le cycle de violence dans les États du Plateau et de Kano) le rapport note :

«Au cours du premier semestre 2004, des centaines de personnes ont été tuées dans des combats intercommunautaires entre musulmans et chrétiens dans et autour de la ville de Yelwa et dans la partie sud de l’État du Plateau, dans le centre du Nigeria, portant ainsi le nombre total de victimes des violences dans l’État du Plateau, depuis 2001 entre 2 000 et 3 000. La violence a atteint son apogée entre février et mai 2004 dans les environs des villes de Yelwa et Shendam.

« Il y a eu de nombreuses attaques au cours de cette période, mais deux se sont distinguées par leur ampleur, le nombre de victimes et le niveau de préparation et d’organisation. Le 24 février 2004, des musulmans armés ont tué plus de soixante-quinze chrétiens à Yelwa; au moins quarante-huit d’entre eux ont été tués dans l’enceinte d’une église. Puis les 2 et 3 mai, un grand nombre de chrétiens bien armés ont encerclé la ville de Yelwa et tué environ sept cents musulmans. Yelwa et de nombreux villages environnants ont subi des destructions massives et des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées. »

« Une semaine plus tard, les 11 et 12 mai, des musulmans de la ville de Kano (au nord), à plusieurs centaines de kilomètres de l’État du Plateau, se vengèrent de l’attaque de Yelwa et se retournèrent contre les résidents chrétiens de Kano, faisant plus de deux cents victimes. Un différend autrefois localisé dans une partie spécifique de l’État du Plateau s’était transformé en un conflit religieux de dimension nationale. La plupart des victimes de la violence dans les États du Plateau et de Kano étaient des hommes, des femmes et des enfants non armés qui ont été pris pour cibles simplement en raison de leur religion.

« Le gouvernement fédéral et les forces de sécurité assument une lourde responsabilité dans les pertes massives en vies humaines à Yelwa et à Kano. À Yelwa, les forces de sécurité étaient absentes lors de l’attaque des 2 et 3 mai. Environ 700 personnes avaient déjà été tuées lorsque l’armée est intervenue. De même à Kano, environ 200 personnes ont été tuées avant le rétablissement de la paix. Ensuite, au lieu de protéger les personnes en danger et d’essayer d’arrêter les auteurs, une partie de la police et des soldats déployés à Kano ont procédé à des dizaines d’exécutions extrajudiciaires, contribuant ainsi à la violence. Leurs actions à Kano étaient typiques de la réaction des forces de sécurité aux précédentes flambées de violence intercommunautaire dans d’autres régions du Nigeria. »

Depuis lors, la violence n’a pas cessé au Nigeria, hélas.

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Le 20 mai 2015, le journal « Nature » publia un article qui montre la découverte de l’outil humain le plus ancien, trouvé dans le bassin du Turkana au Kenya. Cet outil a 3,3 millions d’années. La terre africaine n’est pas seulement le berceau de l’humanité, elle l’a, littéralement, inventée.

Les spécialistes de l’évolution parlent souvent de la sélection « naturelle » comme moteur de l’évolution qui, de la multitude des hominidés, a abouti à l’homo sapiens sapiens que nous sommes, et qui est la seule espèce survivante de cette multitude.

Pourquoi, au lieu du travail de la « nature », ce moteur ne serait-il pas plutôt l’effort conscient des éléments de l’espèce, pour s’améliorer, s’adapter, s’élever? La nature peut-elle fabriquer un outil ? Jamais.

C’est bien l’effort intellectuel conscient d’un individu qui fabrique un outil, pour un usage préconçu. Il faut ici insister sur l’adjectif «conscient».

Qui peut encore en douter: la terre africaine est exceptionnelle. Elle, et elle seule, selon ce que nous apprend la science, a porté l’effort qui d’un animal a produit l’homme.Elle a entre autres inventé l’homme, le langage, la pensée, la moralité. Excusez du peu.

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