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February 21, 2024
COOPERATION

« Les Africains semblent être déçus de l’action de l’Union européenne »

  • avril 15, 2014
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« Les Africains semblent être déçus de l’action de l’Union européenne »

Hommes d’Afrique: Qu’avez-vous retenu des interventions?
ALIOUNE FALL: Ces interventions ont été très riches bien évidemment. Mais elles sont très diverses. Ce que je peux dire c’est que s’il y a un trait commun entre ces interventions c’est que les relations entre l’union africaine et l’Union européenne ne sont pas des plus précises. Je peux même dire que l’impression qui se dégage de ces interventions est que les Africains semblent être déçus de l’action de l’Union européenne. Dans tous les domaines qui ont été abordés, dans l’état des lieux, en rétrospective de ce qui a été fait, l’Afrique n’est pas satisfaite. En ce qui concerne la CPI, les doutes subsistent sur la cour pour la bonne et simple raison que les seuls inculpés actuellement, une dizaine, sont les Africains alors que partout dans le monde il y a des exactions, parfois pire que ce qui est commis en Afrique. Et les Africains ont l’impression que c’est à géométrie variable. Alors qu’en réalité, je crois qu’il y a 34 pays qui on tratifié le statut de Rome. Ce qui veut dire qu’ils ont eux aussi des valeurs et qu’ils souhaitent que les crimes graves comme le crime de génocide, le crime contre l’humanité soient punis. Seulement, je pense qu’il faut qu’ils sachent quand même que la cour est très utile. Mais, le manque de visibilité, le manque d’informations, de sensibilisation sur le rôle de la cour, sur sa finalité et son fonctionnement constituent un handicap qui pourrait être levé si les États veulent bien mener une politique de sensibilisation et d’information auprès des populations et des acteurs.

Hommes d’Afrique: Peut-on réellement parler de partenariat en l’UE et l’UA compte tenu du déséquilibre de richesses et de puissance entre les deux institutions ?
ALIOUNE FALL: C’est une question délicate parce que le partenariat existe, il est institué et il y a eu beaucoup d’accords qui l’ont matérialisé. Maintenant, la question est de savoir sic ’est un partenariat égalitaire et là, je crois qu’il y a beaucoup de choses à dire. Il ne l’est pas véritablement. La preuve, c’est que les États africains continuent d’être à mon avis sous le diktat de la politique européenne. On n’a pas entendu un autre son de cloche. Je pense que c’est un partenariat qui devrait être revu dans le cadre d’un dialogue plus honnête, de vérités, de part et d’autre. Je pense que les choses ne sont pas dites et les prochaines rencontres entre l’UE et l’UA devraient insister sur une écoute des Africains qui semble être marginalisés et l’impression qui se dégage de ces relations est que l’Europe trouve en l’Afrique des débouchés alors que l’inverse n’est pas vrai, cela au niveau économique. Sur le plan humain, l’immigration montre que si les Européens circulent librement en Afrique, l’inverse n’est pas vrai. L’entrée en Europe des Africains constitue un véritable parcours du combattant et je crains que dans les années qui viennent, avec le chômage des jeunes, si l’Europe ne comprend pas les problèmes qu’il y a ici, des problèmes économiques notamment. La prochaine explosion sera terrible et personne ne comprendra parce que les jeunes de vingt ans sont complètement en dehors du système. Je pense qu’on devrait s’en occuper sinon ce sera une grande explosion sociale.

Hommes d’Afrique: L’UA est largement financée par l’UE, ceci ne crée-t-il pas une dépendance?
ALIOUNE FALL: C’est un problème classique. Quelqu’un a dit que la bonne aide est celle qui se termine, qui s’arrête. Je pense que les Africains devraient avoir plus de dignité et reconsidérer cette politique d’aide parce que, avec l’aide, on ne peut pas avoir une indépendance, on ne peut pas taper fort sur la table et du coup, le partenariat devient complètement déséquilibré. Il est temps que les Africains prennent leur destin en main comme les autres l’ont fait, par une politique d’industrialisation avec les conditions qu’il faut pour que cela puisse arriver. Si certains pays en réalité ont encore besoin d’aide, je pense que la majorité des États devrait s’orienter vers une politique autre que de recevoir de la part de l’UE de l’aide. Cette aide, on la paie toujours par manque d’indépendance et surtout par des décisions qui peuvent venir d’un groupe et qu’il faudrait exécuter au niveau interne. Ce qui va provoquer des conséquences désastreuses en ce qui concerne le développement de ce pays-là. Je pense que l’Afrique a de beaux jours devant elle. Permettez-moi de dire ceci :un intervenant a dit que l’Afrique sait où el le va. Dans cinq ans, on sait ce qu’on va faire. Dans dix ans, on sait où on va aller. Il faut que l’Europe comprenne que les Africains ne sont pas en dehors du chemin. Il leur manque beaucoup de choses, mais, je crois que s’il y a un mariage à faire, il faut que ce mariage soit fait entre deux amoureux qui se partagent les biens de la manière la plus juste et équitable.

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Hommes d'Afrique Magazine

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