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May 22, 2024
ECONOMIE

LIMOGEAGE DU GOUVERNEUR DE LA BANQUE CENTRALE DE ZAMBIE TITO MBOWENI S’EN PREND AU PRESIDENT EDGAR LUNGU

  • octobre 21, 2020
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LIMOGEAGE DU GOUVERNEUR DE LA BANQUE CENTRALE DE ZAMBIE TITO MBOWENI S’EN PREND AU PRESIDENT EDGAR LUNGU

PARTIE 1

Le 22 août 2020, le Président Edgar Lungu de Zambie, limoge M. Denny Kalyalya, jusque-là Gouverneur de la Bank of Zambia (BOZ), la banque centrale de Zambie. Pour le remplacer, le Président Lungu nomme Christopher Mvunga.

Jusque-là, rien d’anormal. Un chef d’État use de ses droits constitutionnels, respecte les statuts de la banque centrale, limoge le gouverneur, le remplace. Rien à dire.

Le scandale vient d’un autre pays, d’Afrique du Sud, de M. Titus Tito Mboweni. Ministre en exercice dans son pays, Mboweni attaque la décision

du président zambien. Il le fait en se répandant dans les réseaux sociaux où

il diffuse ses menaces. Il promet : je ne

croiserai pas les bras, je mobiliserai, entendu contre votre décision.

Certes, Mboweni a poussé loin le bouchon de l’insolence, du mépris diplomatique. Mais il partage celle-ci avec de nombreux banquiers centraux africains. Ils sont dangereux pour le continent. Pour une large part, la faillite économique de l’Afrique résulte de la faillite théorique et pratique de ses banquiers centraux.

De même, l’arrogance de Mboweni reflète la leur. Avant de devenir ministre, Mboweni fut le premier gouverneur noir de la South African Reserve Bank (SARB), la banque centrale d’Afrique du Sud. Après la sortie de l’apartheid, il dirigea la SARB du 8 août 1999 au 8 novembre 2009. Pendant ses dix ans et trois mois, quelle science de la banque centrale a-t-il montré qu’il maîtrise ? Quelles lumières a-t-il apportées à la politique monétaire en Afrique du Sud, et si possible dans le continent ?

En dix ans, on peut faire beaucoup, surtout dans un pays comme l’Afrique du Sud, où la banque centrale fut la plus efficace arme économique contre les Noirs. Créée en 1920, la SARB est la grand-mère de l’inégalité économique que la société blanche a infligée continuellement aux Noirs. Tous les gouverneurs de la SARB furent de fieffés racistes : Mr W. H. Clegg, du 17 décembre 1920 au 31 décembre 1931 ; Dr J. Postmus, du 1er janvier 1932 au 30 juin 1945 ; Dr M. H. de Kock, du 1er juillet 1945 au 30 juin 1962 ; Dr G. Rissik, du 1er juillet 1962 au 30 juin 1967 ; Dr T. W. de Jongh, du 1er juillet 1967 au 31 décembre 1980 ; Dr G. P. C. de Kock, du 1er janvier 1981 au 7 août 1989 ; Dr C. L. Stals, du 8 août 1989 au 7 août 1999.

Sans exception, chacun de ces gouverneurs a sur les mains, la sueur et le sang des peuples noirs exploités et massacrés d’Afrique du Sud. Ce sang s’est versé aussi sur leur fauteuil.

Mboweni n’a pas hésité à s’asseoir dessus, sans même nettoyer. Trop content de profiter de la super promotion que le Black Economic Empowerment lui procurait, il a oublié ces saletés et s’est affalé dans un fauteuil souillé. Plus grave, il a continué la même politique stupide et criminelle par laquelle la SARB martyrise les Noirs sud-Africains depuis un siècle.

Il a beau s’en prendre au président zambien, c’est à son propre peuple, les Sud-Africains qu’il doit rendre compte. Les fesses de son pantalon sont à jamais tachées du sang et de la sueur sur lesquels il s’est assis pendant dix ans et trois mois.

Dix ans et trois mois de statu quo, sinon de reculades. L’ANC avait promis de nationaliser la banque centrale. Nouveau riche, admis dans le cercle des initiés, Mboweni et les siens s’y opposent. Fait rarissime au monde, la banque centrale sud-africaine reste donc, une firme privée que détiennent des actionnaires privées, blancs pour la plupart, certains étant des Européens.

Plus grave que la structure juridique inquiétante de la SARB, la politique monétaire de la SARB est très critiquable. Elle ne peut promouvoir le bien-être général. Elle ne sert qu’un petit groupe majoritairement blanc, qui s’est ouvert à quelques Noirs que l’élite blanche a sélectionnés depuis la fin de l’apartheid. Mboweni en est un.

La politique monétaire de la SARB a deux piliers. Pour les défendre, Mboweni est prêt à mourir : l’indépendance de la banque centrale ; la lutte contre l’inflation comme l’alpha et l’oméga de la politique monétaire.

C’est au nom de l’indépendance de la banque centrale que Mboweni s’est permis d’attaquer le président zambien. Pour Mboweni, l’indépendance de la banque centrale, de toute banque centrale, est un principe sacro-saint que personne ne doit remettre en cause.

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Hommes d'Afrique Magazine

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