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May 22, 2024
C’ETAIT EN…

C’ETAIT EN…

  • juin 17, 2020
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C’ETAIT EN…

Le 4 juin 1915, est né à Bamako au Mali, Modibo Keïta, le premier président du Mali, entre 1960 et 1968. Victime d’un coup d’État, il est emprisonné dans d’horribles et humiliantes conditions. Le 16 mai 1977, il meurt en prison au Mali. Le médecin l’aurait sciemment empoisonné en le piquant pour lui injecter le poison dans le corps.

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Le 15 juin 1918, François Tombalbaye naît à Bessada au Tchad, alors colonie française. Il devient instituteur. L’injustice, l’exploitation, et l’humiliation colonialistes françaises le détournent de sa carrière d’enseignant. Il est d’ailleurs renvoyé pour insubordination.

Sans emploi, il vit de petits métiers, allant jusqu’à être un vendeur ambulant.

Son combat politique commence par son travail de mobilisation du peuple contre la colonisation. Son charisme lui permet de vite monter pour devenir la plus importante personnalité du Tchad du 20e siècle. Père de la Nation tchadienne, il proclama l’indépendance de ce pays obtenue le 11 août 1960:

“Nous voici au seuil de l’indépendance. Dans quelques minutes, notre peuple aura gagné le droit de disposer de lui-même, le droit de choisir lui-même sa propre voie, le droit de figurer parmi le concert des nations égal en dignité aux plus grandes.

“Nous sommes fiers et joyeux, en cet instant unique. Nous sommes aussi résolus et décidés. Un peuple majeur de se faire respecter, mais il n’oublie pas ses devoirs, devoirs civiques de travail et de la discipline, devoirs d’honneur, de respect des alliances des amitiés.

Une nouvelle journée va commencer. La République du Tchad souveraine n’oubliera pas qu’elle est grande et qu’elle est belle. Elle n’oubliera pas ce qu’elle doit à la France et au général de Gaulle dont le noble message vient d’être lu par monsieur André Malraux. Je proclame solennellement que le Tchad est indépendant et souverain.”

Tombalbaye devient le premier Président de la République du Tchad. D’abord coopératif avec la France qu’il croit sincère dans l’indépendance qu’elle a été forcée d’accorder au Tchad, il s’aperçoit vite que la France veut maintenir le contrôle sur le pays et ses ressources.

Il refuse la tutelle que la France veut prolonger. Charles de Gaulle, Président français, et Jacques Foccart, son conseiller pour les Affaires africaines, ne supportent pas la résistance de Tombalbaye. Très vite, ils montent des opérations contre lui, fomentant des coups, à l’aide de quelques Tchadiens sélectionnés pour leur docilité à la France.

Au début des années 1970s, il lance un mouvement de retour aux valeurs africaines. C’est un recentrage civilisationnel qui heurte des sensibilités dans la partie islamisée ainsi que parmi des chrétiens tchadiens. Tombalbaye veut démontrer la supériorité de la civilisation africaine sur celles du christianisme ou de l’Islam.

Il maintient pourtant un État laïc, respectueux des convictions religieuses de chacun. Il reçoit même à Ndjamena le Roi Fayçal d’Arabie. Ce dernier construit dans la capitale du pays, une vaste mosquée. Cela ne suffit pas pour apaiser l’ire conjuguée de la France et du monde islamique qui complotent contre lui.

Tombalbaye ne se laisse pas faire, appelle les Tchadiens à l’unité: “Tchadiens, vous êtes les enfants d’un même pays. Vous êtes Tchadiens avant d’être chrétiens ou musulmans. Travaillons pour un Tchad uni, paisible.”

Les comploteurs n’entendent pas ce message de tolérance qu’il tire des valeurs de la civilisation africaine, la seule au monde qui n’a jamais connu de guerre de religions, ni d’empire dans lequel un groupe ethnique impose sa volonté, ou sa langue ou sa culture à un autre.

Charles de Gaulle pousse Foccart à en finir avec Tombalbaye. Il leur tient tête. Il ne craint pas les Blancs. Il avait rossé un collègue blanc enseignant, qui lui avait manqué du respect au «nègre» qu’il est. Cela pesa gros pour son licenciement.

Sa révolution civilisationnelle africaine l’amène à rejeter son prénom chrétien, pour retourner aux noms purement africains. De François, il devint Ngarta Tombalbaye.

La propagande de ses adversaires montait chaque jour dans le pays, aidé par les énormes moyens de la France et du monde arabe. En comparaison, le Tchad et son président étaient des pauvres. La propagande diffusait ses mensonges par la radio émettant de Paris, par des prêches dans les mosquées du pays, surtout dans le Nord où l’Islam avait fait perdre à des populations africaines leur identité africaine, y compris même leur langue. Elles se disaient maintenant Arabes, et ne connaissaient plus que la langue arabe. Leur marqueur identitaire s’était réduit à une unique appartenance : l’Islam. Impossible dans ces conditions d’accepter l’appel de Tombalbaye qui plaçait la “tchaditude” avant la religion.

Pour contrer la propagande, Tombalbaye utilisa un journal satirique : “Le Canard Déchaîné”, par analogie à un célèbre hebdomadaire français, “Le Canard Enchaîné”. Tombalbaye écrivait des éditoriaux. L’une de ses têtes de Turc, sur laquelle il tapait avec un humour qui enchantait les Tchadiens, était Jacques Foccart.

Les Tchadiens se délectaient d’autant plus qu’il créait des néologismes qui mélangeaient les langues tchadiennes et française. Ainsi, “Dopelé au coupelé” était le nom de l’affreux Jacques Foccart. Tombalbaye pouvait informer les Tchadiens, des mauvais coups de Foccart contre le Tchad, sans jamais prononcer le vrai nom de ce dernier. Les Tchadiens comprenaient le message.

«Do» en langue Sara, groupe ethnique de Tombalbaye, signifie «la tête». Le nom voulait dire «tête pélée au coup pelé». Ce n’était pas loin de la description physique de Foccart.

Foccart et de Gaulle comprenaient. Mais ils ne pouvaient accuser Tombalbaye, car ils voyaient bien Dopelé au coupelé n’était qu’un personnage fictif. L’éditorial n’était donc que de la fiction. Tombalbaye a ainsi inventé un genre littéraire sur lequel des thèses de doctorat devraient être écrites.

C’est un genre qui mélange la fiction à la politique réelle, sans être de la politique-fiction. C’est d’autant moins de la politique-fiction que l’auteur est un chef d’État en exercice. Ne pouvant rivaliser avec les moyens gigantesques de ses ennemis qui ont déjà tenté de le tuer, qui ont juré sa mort, et qui montent coup après coup contre lui, il n’a eu recours qu’à sa plume, et il s’est fait journaliste occasionnel.

Mettez-vous à sa place. Comment pouvait-il se défendre ?

Son genre littéraire n’a hélas pas eu de suite. Personne n’a pris le relais après sa mort. Cela rend son œuvre unique, précieuse même. Les autorités tchadiennes, à défaut de réhabiliter Tombalbaye et de lui rendre la grande et unique place qu’il mérite dans l’histoire du Tchad, ne devraient-elles pas fournir les moyens pour rassembler et publier cette œuvre littéraire unique que Tombalbaye a créée. Cela enrichirait la culture tchadienne.

Ce serait un immense apport au patrimoine immatériel du pays. En même temps, cette œuvre fournira des repères qui manquent aux Tchadiens d’aujourd’hui, pour comprendre mesurer précisément les défis et dangers que leur premier Président a dû affronter durant les premières années de leur nation.

Les universitaires tchadiens ne doivent pas attendre l’aide des autorités tchadiennes pour lancer ce travail de collecte et de diffusion de l’œuvre de François Tombalbaye. N’est-il pas surprenant qu’ils n’aient pas déjà commencé ce travail?

Aucun dirigeant africain n’a affronté, très tôt, autant de périls que Ngarta Tombalbaye. Le Tchad étant un vaste territoire au centre de l’Afrique, carrefour des évangélistes chrétiens et des prêcheurs musulmans, Tombalbaye a voulu dépassé par le haut, la guerre des religions, qui était latente, et qui pouvait à tout moment se servir de la diversité ethnique comme combustible.

L’autre péril, c’était la France qui ne supportait pas son insoumission.

La combinaison de tous ces périls s’est cristallisée dans des attaques militaires qu’on ne qualifierait pas encore terroristes, mais qui en avaient toute la facture. Ngarta Tombalbaye est le premier dirigeant africain qui a affronté, seul, le terrorisme islamique. Mais à l’époque, il était isolé. Et l’État français pactisait sans se cacher avec ceux qu’aujourd’hui, sans hésitation, on appellerait “terroristes».

Ses ennemis eurent raison de lui. Ngarta Tombalbaye est sauvagement assassiné le 13 avril 1975.Les assassins prirent le pouvoir. Ils proclamèrent qu’ils venaient de débarrasser le pays du diable. Ils promirent le paradis à la nation tchadienne. L’on connaît la suite. De 1975 à ce jour, la violence politique a-t-elle jamais quitté le Tchad ?

Tombalbaye est à deux mois d’avoir 57 ans quand il tombe sous les balles des tueurs à gages. Il aurait eu 102 ans ce mois de juin 2020. Son œuvre d’écrivain, le genre littéraire qu’il a inventé, ne mourront jamais. Comment pourrait-on l’appeler ? Le genre “politico-humoristique” ? Ça ne convient pas, car la tragédie n’était pas loin. “Déficience-fiction” comme on dit “science-fiction”? Peut-être, car la défiance contre ses deux groupes d’ennemis, la France et les islamistes, était la constante de ces écrits et de son action.

Lui ont survécu, et continueront de survivre à ce panafricaniste authentique, l’impératif de servir la nation, le patriotisme, et l’amour de l’héritage africain, qu’il s’est efforcé d’enseigner par l’exemple, non seulement aux Tchadiens, mais à toute l’Afrique.

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Le 13 juin 1956, vaincus, les derniers soldats anglais quittent le Canal de Suez.

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Le 27 juin 1961, montrant l’exemple, le Ghana de Kwame Nkrumah impose un boycott total des exportations vers l’Afrique du Sud et le Sud-Ouest Africain, l’actuelle Namibie, territoires où sévit alors l’apartheid. Les Noirs sont dans les fers.

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Du 19 au 21 juin 1990, se tient à La Baule-Escoublac, en pays breton, dans le département de la Loire-Atlantique française, le 16e sommet des chefs d’État d’Afrique et de la France.

Né le 21 février 1977 à Amiens, Emmanuel Macron, l’actuel président de la République française, avait alors 13 ans. À la Conférence de La Baule, plusieurs chefs d’État africains étaient au pouvoir depuis plus d’une décennie. Certains d’entre eux sont encore au pouvoir aujourd’hui.

On les aurait vus, avec tous les autres chefs d’État africains, au 28e sommet France-Afrique qui était prévu pour les 4, 5, et 6 juin 2020. Manque de chance, la pandémie du covid19 a provoqué l’annulation de ce sommet françafricain. Le site officiel du sommet annonce une reprogrammation en cours pour l’année prochaine: sommetafriquefrance.org.

Le président aura-t-il le même succès que son prédécesseur, François Mitterrand le maître des cérémonies du 16e sommet?

Le sommet de la Baule est resté célèbre dans l’histoire. L’on s’en souvient à cause du “Discours de La Baule”. Mitterrand le prononce le 20, deuxième jour du sommet. Ce discours est une opération réussie de marketing politique international. L’on est instruit de retenir que ce discours a ramené si ce n’est inauguré la démocratie en Afrique dite francophone.

L’on se réfère alors au discours que François Mitterrand a prononcé lors de ce sommet, comme le discours qui a “démocratisé l’Afrique francophone”, sinon l’Afrique tout court. Rien n’est plus faux. Pour au moins trois raisons.

Un, démocratiser l’Afrique n’a jamais été un souci de François Mitterrand. Né le 26 janvier 1916, Mitterrand fut nourri à la mamelle de l’empire français qu’il a voulu conserver à tout prix. Sa célèbre phrase “la Corrèze avant le Zambèze” ne montre pas seulement sa préférence pour la France. Elle indique alors qu’on ne lui a rien demandé, qu’il est prêt à sacrifier l’Afrique pour sauver la France.

Deux, comme le décrit Mongo Beti dans «Main Basse sur le Cameroun: Autopsie d’une décolonisation”, Mitterrand, ministre français de la France d’Outre-Mer du 12 juillet 1950 au 15 août 1951, torpille le Rassemblement Démocratique Africain, corrompt Houphouët-Boigny, lequel abandonne la ligne anticolonialiste de ce parti panafricain, pour entamer la collaboration avec l’ennemi colonialiste français.

Il en est récompensé avec des postes ministériels sans portefeuille dans le gouvernement français, puis une présidence de la Côte d’Ivoire, pays resté sous la cloche française jusqu’à ce jour. Ruben Um Nyobe et son parti l’UPC, pourtant la section camerounaise du RDA, rejettent le tourant collaborationnistes d’Houphoët-Boigny. Ils maintiennent le mot d’ordre hostile au colonialisme. La France assassine Um Nyobè.

Trois, le lendemain du discours, lors de la conférence de presse de clôture du sommet, un journaliste interrogea François Mitterrand sur le sort du malheureux Jean-Pierre Cot. Ce dernier fut le ministre de la Coopération dans le premier gouvernement que forma Mitterrand après sa première victoire à l’élection présidentielle, le 10 mai 1981.

Comme tout dirigeant français, Cot voulait conserver intact le dispositif de domination de la France sur les pays africains, en particulier le nazisme monétaire qu’était le franc CFA, les militaires français en Afrique, la prédation des entreprises françaises dans ce continent. Seulement, il voulait juste un peu desserrer l’étau grossièrement dictatorial des marionnettes que la France avait placées comme chefs d’État de plusieurs pays africains.

Les marionnettes ne laissèrent aucune chance à Cot. Elles se plaignirent à Mitterrand, patron de Cot, qui vira ce dernier du jour au lendemain. Sa carrière ministérielle ne dura que quelques mois. Entre la marche même très timide vers la liberté des peuples, et l’étau des partis uniques, Mitterrand n’hésita pas. Il choisit de maintenir l’étau au cou des Africains.

Quatre, le discours de Mitterrand comporte 4946 mots, dont seulement dix fois le mot “démocratie”. Aucune de ces dix fois, Mitterrand ne montre une volonté ferme en faveur d’une vraie liberté pour les Africains. Jamais il ne condamne les dictateurs africains, dont nombreux sont dans la salle, assis en bonne compagnie avec lui. Dans la troisième occurrence, Mitterrand se prononce même contre la démocratie: “Il ne faut pas parler de démocratie.”

Cinq, à de rares exceptions, les pays dits francophones d’Afrique, sont toujours, à ce jour, 30 ans après le discours de La Baule, de féroces dictatures. Le discours de La Baule n’a rien changé, si ce n’est un multipartisme de pure forme.

En fait, le discours de La Baule est une entourloupe, comme les dirigeants français savent en trouver pour flouer à la fois les Français, les Africains, et les observateurs internationaux. Le discours de Brazzaville du 30 janvier 1944 en est un autre. On loue ce discours comme celui qui a ouvert la voie de l’indépendance des Africains. Rien n’est plus faux. Du début à la fin, c’est un discours colonialiste, paternaliste, qui maintient fermement l’empire colonial pour sortir de la Deuxième Guerre mondiale, puis profiter de celui-ci pour reconstruire la France.

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Le 23 juin 1994, Moshood Kashimawo Olawale Abiola déclare avoir gagné les élections présidentielles. Le dictateur Sani Abacha le fait arrêter. On le jette en prison. Il y reste quatre ans. En 1996, sa seconde épouse, Alhaja Kudirat Abiola, est assassinée pour avoir protesté contre l’emprisonnement de son mari.

Le jour où il doit être libéré, l’on annonce sa mort, 7 ou le 8 juillet 1998, après l’annonce de celle, subite, du dictateur Abacha. Al-Mustapha, son garde de corps, soutient qu’il détient une vidéo montrant que la police a battu à mort Abacha.

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Hommes d'Afrique Magazine

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